Maroc 2014-2025

Street art à Asilah, la blanche

Février 2025

Les peintures sont souvent inspirées par l’environnement océaniquePhoto : Marion

Troisième périple au Maroc avec notre AzalaÏ. Mi-février nous choisissons de passer par l’Espagne, avec quelques arrêts touristiques : delta de l’Ebre, canyon de Gorafe et Grenade. Nous avons le plaisir de passer de l’hiver savoyard à la douceur andalouse. Mais les jardins de l’Alhambra sont toujours en hibernation.

Les jardins de l’Alhambra en hiver, CórdobaPhoto : Daniel

Nous profitons de la clémence de la météo pour circuler dans le Désert de Gorafe où les pistes sont très glissantes lors des périodes pluvieuses. Le canyon de Gorafe est une formation géologique spectaculaire située dans la province de Grenade, au cœur du célèbre Desierto de Gorafe. Il s’agit d’un profond canyon creusé par le río Gor au fil de millions d’années, entouré de badlands, paysages arides et érodés, aux formes photogéniques : ravins, falaises, cheminées de fées et plateaux découpés. Les couleurs dominantes aux tons ocre, rouges, roses et violets surtout dans la zone de Los Coloraos, où nous bivouaquerons, changent selon la lumière du jour, rappelant fortement l’Ouest américain.

Le Canyon de Gorafe depuis notre bivouac au mirador Los ColoraosPhoto : Marion

A peine débarqués sur le continent africain, nous prenons la direction d’Asilah sur la côte atlantique, ville blanche, pionnière de l’art mural au Maroc. L’année passée, nous avions été chassés par les intempéries sans découvrir ses beautés.

Daniel à AsilahPhoto : Daniel

Depuis 1978, le festival des arts d’Asilah invite des artistes du monde entier à décorer les murs de la médina blanchis à la chaux. C’est une des premières expériences de street art institutionnel en Afrique du Nord.
Chaque année, de nouvelles peintures murales transforment Asilah en un musée vivant qui évolue au fils du temps. Le festival a inspiré des initiatives ultérieures comme le Jidar de Rabat et le Sbagha Bagha de Casablanca, prouvant comment une petite ville côtière a aidé le Maroc à retrouver sa voix artistique, des décennies avant que l’art urbain ne devienne un mouvement mondial, qui nous fascine tant au cours de nos voyages. Musée à ciel ouvert, ces murales invitent au dialogue culturel avec tous les publics, animent les centres urbains de couleurs vives.

La sortie de l’écolePhoto : Marion

Les palettes oscillent souvent entre bleus océaniques, ocres, rouges et verts lumineux, influencés par le paysage environnant et les traditions chromatiques marocaines.

CalligraphiePhoto : Marion

Chaque années les habitants repeignent en blanc les murs, y compris les jeunes, pour offrir de nouvelles surfaces aux artistes, fusionnant ainsi tradition et modernité. Ils utilisent souvent la calligraphie et l’abstraction géométrique inspirées de motifs Zellige.

Les fresques intègrent souvent des portes et fenêtres réelles, créant une illusion optique qui fusionne art et architecture.Photo : Marion

 

Vague océane calligraphiéePhoto : Marion

Chaque fresque est perçue différemment selon l’heure du jour. Lumière changeante, ombres portées, usure du temps distillent des expériences esthétiques différentes. D’années en années, certaines œuvres disparaissent, d’autres surgissent, les parcours se redéfinissent…

L’influence espagnole et portugaise dans l’architecture d’Asilah est profonde et marque l’identité de cette petite ville. Asilah doit son charme à ses remparts portugais, tandis que l’intérieur de la médina intègre des éléments espagnols plus subtils dans les habitations et les détails décoratifs. Ces influences européennes se superposent à l’héritage arabo-andalou et berbère (ruelles sinueuses, maisons à cour centrale, chaux blanche traditionnelle).

Composition en bleu et blancPhoto : Marion

En effet, les Portugais conquièrent Asilah en 1471 pour avoir une place forte stratégique sur la côte atlantique. Les remparts construits au XVe siècle, entourent entièrement la médina, la protégeant des menaces maritimes et terrestres. Ils représentent un exemple classique de l’architecture militaire portugaise de l’époque : murs épais en pierre massive, bastions angulaires, portes monumentales et tours de guet.

Ces fortifications, construites au XVe siècle et renforcées au XVIe par l’architecte militaire Diogo BoitacaPhoto : Marion

Ces remparts, parmi les mieux conservés du Maroc, offrent aujourd’hui une promenade spectaculaire face à l’océan et contrastent avec la blancheur des maisons intérieures.

Un petit air d’AndalousiePhoto : Marion

Au XVIe siècle, après l’union ibérique (1580-1640), Asilah passe temporairement sous contrôle espagnol, mais les apports architecturaux directs de cette époque restent limités comparés aux Portugais. 

Il est très agréable de se perdre dans les rues d’une propreté impeccable…Photo : Marion

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