Février 2025
La mosquée Hassan II de Casablanca est l’une des mosquées les plus emblématiques au monde.
C’est la plus grande d’Afrique et l’une des plus grandes au monde (troisième ou cinquième selon les sources).
Le roi Hassan II a initié ce projet dès les années 1960-1970 après sa montée sur le trône en 1961. Il a souhaité doter Casablanca, capitale économique, d’un grand monument spirituel, à l’image des villes impériales historiques, Fès, Marrakech avec la Koutoubia, Rabat avec la tour Hassan.
Il a posé la première pierre en juillet 1986. La construction a duré environ 7 ans avec un chantier mobilisant jusqu’à plus de 12000 ouvriers et artisans sous la direction de l’entreprise française Bouygues pour les aspects techniques.
Le coût total est estimé entre 500 et 600 millions d’euros actuels. Le financement provenait principalement d’une souscription nationale : tous les Marocains, des plus modestes aux plus aisés, devaient contribuer avec des dons populaires très répandus, parfois symboliques. Des financements étrangers sont venus compléter, dont 20 millions d’euros, en valeur actuelle de la part de la France.
L’architecte principal est Michel Pinseau, un Français qui a vécu longtemps au Maroc et qui maîtrisait l’architecture islamique marocaine. Il a travaillé sous la direction étroite et les orientations personnelles du Roi Hassan II.
Le style est un mélange de tradition marocaine, inspiré de la Koutoubia de Marrakech, de la mosquée Hassan de Rabat et d’influences andalouses. Elle doit son originalité à plusieurs innovations technologiques.
Sa construction a été faite sur un espace gagné sur l’océan Atlantique grâce à un système de pilotis. Une partie de la salle de prière est au-dessus de l’eau que l’on peut apercevoir à travers des dalles de verre. Le Roi Hassan II a voulu illustrer le verset coranique « Son trône était sur l’eau » (Sourate Hud, verset 7), pour symboliser la grandeur de Dieu et lier le sacré à la création : mer et ciel.
Le toit de la Mosquée Hassan II est rétractable et se compose de panneaux en bois de cèdre de l’Atlas, sculptés et peints à l’intérieur, recouverts de tuiles en aluminium coulé à l’extérieur, ce qui le rend plus léger et résistant que des tuiles traditionnelles en céramique. Il pèse 1100 tonnes, couvre une surface de 3400 m² pour une hauteur de 60 mètres, et peut s’ouvrir en cinq minutes pour laisser entrer la lumière naturelle ou permettre de prier sous les étoiles. Son sol est également chauffant.
C’est le plus haut minaret du monde. Il est équipé d’un laser d’une portée de 30 km, pointé vers La Mecque. Le Jamour est composée de trois sphères en cuivre doré et pèse 3 tonnes.
Les portes électroniques sont en titane pour sa légèreté et sa résistance à la corrosion marine.
La mosquée est extraordinaire pour sa capacité. Elle peut accueillir 25 000 fidèles à l’intérieur et 80 000 fidèles sur l’esplanade.
Hassan II voulait une mosquée qui soit un symbole de tolérance et d’ouverture vers les trois grandes religions monothéistes (islam, judaïsme et christianisme), reflétant la coexistence historique de ces communautés au Maroc.
Voici les principaux éléments architecturaux ou décoratifs qui font référence à ces trois religions :
Les trois boules dorées au sommet du minaret représentent symboliquement l’union et la paix entre l’islam, le judaïsme et le christianisme. C’est l’un des symboles les plus souvent cités et les plus visibles de cette volonté d’œcuménisme.
La salle de prière est inspirée de l’architecture des églises chrétiennes, avec ses trois nefs en forme de croix, particularité rare pour une mosquée.
Les galeries hautes en mezzanine pour les femmes, contrairement à la tradition musulmane où hommes et femmes prient souvent au même niveau. Ces balcons élevés rappellent l’organisation de certaines synagogues juives.
Des coquilles Saint-Jacques gravées sur les portes, emblème du pèlerinage chrétien vers Saint-Jacques-de-Compostelle, évoquent les liens historiques entre islam et chrétienté.
Ces éléments ne transforment pas la mosquée en un lieu de culte mixte, elle reste exclusivement musulmane, mais illustrent la vision du Roi Hassan II d’un islam ouvert, tolérant et en dialogue avec les autres religions monothéistes. C’est d’ailleurs l’une des rares mosquées au Maroc ouvertes aux visites guidées pour les non-musulmans. Elles se font dans toutes les langues et coûtent 15 € par personne.
Les salles d’ablutions de la Mosquée sont situées au sous-sol. Elles constituent un espace impressionnant, à la fois fonctionnel et artistique, dédié au rituel de purification avant la prière. On y accède par de larges escaliers ou des ascenseurs.
Il y a deux salles d’ablutions distinctes pour les hommes et pour les femmes, afin de préserver l’intimité.
Elles couvrent 4800 m² et peuvent accueillir simultanément jusqu’à 1400 personnes, ce qui permet de gérer les grandes affluences, notamment lors des prières du vendredi ou des fêtes.
Le cœur de ces salles est constitué de 41 fontaines en marbre sculptées en forme de fleurs de lotus géantes. 3 grandes et imposantes fontaines centrales, et 38 plus petites autour.
Le lotus évoque souvent la pureté dans les traditions orientales et islamiques. C’est un symbole de la religion bouddhiste.
Elles sont entourées de colonnes richement décorées.
600 robinets se répartissent autour des fontaines et sur les murs périphériques. Les fidèles utilisent généralement les robinets muraux pour les ablutions quotidiennes, tandis que les grandes fontaines centrales sont plus souvent réservées aux occasions spéciales ou pour des groupes.
Les murs et les sols sont recouverts de zellige marocain traditionnel, mosaïques colorées, souvent vertes et bleues.
Le Tadelakt, enduit lisse et imperméable typique marocain recouvre les autres surfaces.
De nombreuses colonnes de marbre blanc dessinent des arches élégantes sous des plafonds ornés.
Mais que pense le peuple marocain du coût de construction de la Mosquée Hassan II, financement auquel ils ont été obligés de participer. On nous a relaté des opinions très critiques. Notamment sur le caractère « volontaire » de la contribution.
Historiquement, l’appel à dons a été présenté comme volontaire, avec des contributions souvent très modestes à partir d’un dirham. Cependant, certains témoignages suggèrent qu’à l’époque, des prélèvements forcés ou quasi-obligatoires ont été appliqués, retenues salariales notamment dans la fonction publique, pour atteindre le budget requis, ce qui a laissé une impression négative dans certains milieux populaires. Pour ces personnes, la question n’est pas esthétique mais politique et sociale.
« On a financé un monument gigantesque alors que beaucoup de Marocains vivaient dans la pauvreté. »
« Cet argent aurait dû aller à l’éducation et aux hôpitaux. »
Pourquoi cela a-t-il créé un débat ?
Dans les années 1980, le Maroc traversait une période d’ajustement structurel économique, une forte dette extérieure, des restrictions budgétaire, des tensions sociales, un chômage important. Pour certains Marocains, le contraste entre un monument religieux monumental et les besoins sociaux urgents a alimenté un sentiment d’injustice. Consacrer une somme équivalente à plus de 10 % du PIB à un seul monument religieux a donc été perçu par certains comme un geste de prestige politique, une affirmation du pouvoir monarchique, ou un sacrifice économique disproportionné.
Cependant, beaucoup de Marocains considèrent cette mosquée comme un symbole national fort et un chef-d’œuvre architectural qui unit tradition et modernité, et qui inscrit le pays dans une dimension religieuse et culturelle importante.


























