Brésil 2017

Pantanal, sur la piste du jaguar

Septembre 2017

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Tendre bagarre entre une mère et sa fillePhoto : Daniel

Au cœur du Mato Grosso dont le nom signifie : « forêt dense », le Pantanal est une plaine alluviale, la zone humide la plus étendue au monde (presque la moitié de la France). Il s’étale sur trois pays : 87 % au Brésil, le reste en Bolivie et au Paraguay. Il est inondé plusieurs mois par an, parfois jusqu’à 8 mois. Il faut bien choisir la saison sèche d’avril-mai à septembre-octobre pour le visiter, sous peine de ne pouvoir circuler.

Venant des hauts plateaux, les rivières s’écoulent dans le Pantanal. Les crues ont lieu progressivement ce qui laisse un temps d’adaptation aux hommes, à la faune et à la flore. Le sol, riche en argile, empêche l’absorption de l’eau. Ce réseau hydrographique est composé d’innombrables lacs reliés par des rivières souvent temporaires. La saison des pluies provoque la montée des eaux et tous ces lacs communiquent. A la descente des eaux, le sol est enrichi en humus et la région se transforme en une grande réserve d’alimentation naturelle. Les rivières grouillent de poissons qui attirent des milliers d’oiseaux et les jacarés, crocodiles du Pantanal, pullulent.

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Un des 127 ponts de la TranpantaneiraPhoto : Marion

Nous emprunterons la Tranpantaneira, piste surélevée longue de 145 km jalonnée de 127 ponts de bois, en plus ou moins bon état. Il faut bien regarder où mettre nos roues ou nos pieds car des planches manquent et nous pourrions servir d’appât succulent pour les jacarés aux aguets.

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Un des 127 ponts de la Transpantaneira dans le Pantanal nordPhoto : Marion

« Notre agitation dérange trois caïmans qui se chauffaient au soleil et se laissent glisser dans l’eau à contrecœur. Leurs yeux globuleux, jaunes et coléreux, nous surveillent de côté, puis ils plongent se terrer dans la vase et disparaissent, invisibles mais présents. »  Mato grosso de Ian Manook

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Jacaré aux aguetsPhoto : Daniel
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Jacaré : on peut voir l’obstruction du fond de la gorgePhoto : Daniel

Cette piste part de Poconé et s’arrête au bord de la rivière Cuiabá à Porto Jofre. En 1970, le gouvernement brésilien décide de construire une route reliant la ville de Cuiabá au nord jusqu’à Corumba au sud, près de la frontière bolivienne. Après 145 km de travaux difficiles, les autorités décident d’arrêter, pensant qu’il était déraisonnable de construire une route dans une région inondée plus de 6 mois par an.

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La TranpantaneiraPhoto : Marion

Les inondations enrichissent les sols. L’agriculture prend aujourd’hui de plus en plus d’importance, et 99 % des terres sont privatisées à des fins agricoles avec toutes les conséquences que cela occasionne à cet écosystème.

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Pantanal sudPhoto : Marion

Parcourus par un réseau de cours d’eau souterrains, les pâturages du Pantanal restent verdoyants alors que la sécheresse règne au Brésil. De l’amplitude de ces inondations dépende la vie animale et humaine. Notre ami César nous disait que pendant plusieurs mois il n’est pas possible d’aller dans la ferme qu’il loue. Il hésite donc à l’acheter.
Voir l’article : César ou le fabuleux destin d’un brésilien clandestin

Le Jabiru, emblème du Pantanal, est un grand échassier de la famille des cigognes.

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Danse du Jabiru au crépuscule. On l’appelle aussi Tuyuyu à cause de son criPhoto : Marion

« Seuls deux grands échassiers…, fouillent la vase des marigots. Deux tuyuyu, marabouts du marais, plus grands que des hommes. Deux oiseaux incongrus, précautionneux, trop élégants dans leur robe blanche ourlée de noir. La gorge enflée d’un goitre de velours rouge qui tremble à chaque poisson pris qu’ils avalent en éraflant le ciel de leur long bec. Ils fouillent la vase, et quelque part dans ces terres, dans un arbre mort aux branches dénudées, ils ont leur énorme nid de branches. » Mato grosso de Ian Manook

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Jabiru, emblème du PantanalPhoto : Marion

Nous en croiserons tout au long de notre périple dans cet écosystème. Cet oiseau paraît malhabile au sol mais révèle sa puissance en un vol élégant avec une envergure de 2,6 mètres. La base de son cou, constituée d’une poche rouge extensible, lui donne une allure disgracieuse. Il consomme une grande quantité de poissons et d’amphibiens et ne refuse pas de goûter aux reptiles et jeunes jacarés. Avec des brindilles, ils construisent un nid haut perché dans un arbre, qu’ils agrandissent chaque année pour accueillir 2 à 4 œufs couvés alternativement par les 2 parents.

Nid de jabirus

La danse des jabirus

Le spectacle de myriades d’oiseaux et de jacarés s’offre à nous. Ils attendent, avec gourmandise, pour croquer les poissons qui batifolent dans les marais. A la nuit tombée, dans les phares du véhicule, des lumières scintillent à la surface noire de l’eau : les crocodiles, silencieux, nous observent.

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Escapade nocture au Pantanal : yeux de jacarésPhoto : Daniel

La faune est abondante le long de la Transpantaneira, attirée par la profusion de poissons : martins pêcheurs, loutres géantes, hérons coiffés, buses, aigrettes magnifiques, spatules rosées,  anacondas, capucins, capybaras, fourmiliers, varans, divers aras…

La pêche de la Grande aigrette sous le regard du jacaré en bas à gauche

 

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Ara hyacinthe : c’est le plus grand des perroquets, sa taille atteint 1 m de hauteur pour 1,5 m d’envergurePhoto : Daniel
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Le capybara est le plus grand des rongeurs au monde. Cet herbivore mange principalement des herbes et des plantes aquatiquesPhoto : Marion

Mais la quête suprême d’un voyage au Pantanal est la recherche du jaguar. Le Pantanal est considéré comme le meilleur endroit au monde pour l’observer. Vous aurez de grandes chances de l’apercevoir à Porto Jofre en participant à une navigation sur les rivières Cuiàba et São Lourenço.
Du monde entier touristes et photographes affluent. Les plus fortunés passent une semaine à naviguer matin et soir sur les rivières.

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Touristes dans l’expectativePhoto : Marion
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Notre premier jaguar, notre patience est récompenséePhoto : Daniel

Quand on voit cette bête splendide, la plus belle que nous ayons vue, nous comprenons le culte qui lui est voué depuis l’antiquité par les civilisations précolombiennes.

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Jeune jaguar femellePhoto : Daniel

« Le jaguar est le seul félin à avoir marqué durablement la religion et la culture de tout un continent, en l’occurrence l’Amérique. Dans les civilisations précolombiennes, le jaguar est depuis longtemps un symbole de puissance et de force. Parmi les cultures andines, le culte du jaguar pratiqué dès le début de la culture de Chavín se diffuse vers 900 av. J.-C. dans ce qui est aujourd’hui le Pérou : par exemple, la culture Moche, au nord du Pérou, utilise le jaguar comme un symbole de pouvoir sur un grand nombre de céramiques. » Wikipedia

Sur la piste des jaguars

  1. Margand

    Superbe ! Je rêve d’y aller… Vos images sont toujours plus belles les unes que les autres.
    Merci de les partager avec nous.

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  2. Sanfroise

    Je suis émue par la beauté de vos images, et les textes excellents! De quoi nous faire regretter d’avoir »raté » le Brésil dans nos périples d’Amérique du Sud. Tendresse de vos « témoins ».. Souvenirs!!

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  3. Francine LESOURD

    Toujours un grand plaisir à vous lire. Vous nous gâtez tellement avec vos photos et commentaires.
    Espère bien un jour prochain vous revoir.
    Amitiés

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  4. nelly

    Superbe ! Merci ! Mention spéciale pour les vidéos mais les « cadavres exquis » me plaisent bien aussi au milieu des jaguars ,-quelle classe !-, et des impressionnants jacarés ; contente de voir le feu d’artifice des aras et des perruches que j’avais eu la chance d’entendre lors d’un coup de fil cet hiver !!! Ce qui est marrant, c’est que Ian Manook est venu au festival du livre de Samoëns en juin et que jacques l’a interviewé. Nelly des Miaux !

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  5. Michel et Valentine

    bonjour nous y sommes passé début mars et il y avait beaucoup d’eau et moins d’animaux. Nous allons y repasser en remontant sur Manaus début septembre nous espérons avoir autant de chance que vous.
    Bonne continuation.

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